Expositions

First anniversary

01 novembre 2018 - 18 décembre 2018

Exposition collective

  • amina rezki
  • arié mandelbaum
  • olivier strebelle
  • christian rolet
  • franca ravet

18|11|'18

ART FASHIoN SHOW & DJ

 

PROGRAMME

14:30 - welcome drink

15:00 - art fashion show by nancy kal

16:00 > 18:00 - DJ Paula Bsk

 

franca ravet, rebonds

20 septembre 2018 - 20 octobre 2018

 

Rythmes

 

Fin 2006, Franca Ravet, confortablement installée dans son atelier bruxellois, seringue à la main, trace ce qui nous apparaît comme un profil. Il semble avancer, sortir de lui-même, au point de se dédoubler.

C’est un moment précis dont se souvient l’artiste, car il a figé en elle un désir puissant de répéter, non plus le geste, puisqu’il lui a semblé achevé, mais le motif lui-même.

Juin 2018, le profil ne l’a pas quittée. Il continue de la hanter, mais à la façon d’une petite musique intérieure qui l’entraîne et la porte sans qu’elle ne sache précisément où, à chaque nouvelle toile.

Un trait noir, une présence quasi humaine, quasi identique qui se répète sans jamais lasser. Comme si Franca Ravet s’était lancé le défi de se chercher, se reconquérir peut-être, se remémorer non pas uniquement sa propre histoire, mais toutes celles avant elle, depuis que l’Homme a ressenti le besoin de marquer sa présence dans ce monde, de s’immortaliser.

Par ce trait, elle revient encore et encore, de manière incantatoire, à cette matrice humaine originelle. Elle affirme ainsi la supériorité de l’art, celle qui atteste son existence d’être humain, pensant et créatif, capable de se réinventer à l’infini.

Car elle y revient toujours, et encore pour longtemps nous dit-elle, puisque l’empreinte ne semble pas vouloir s’effacer de sa mémoire.

Il est donc question d’histoire et de mémoire, mais pas seulement. Un projet encore plus ambitieux semble sous-tendre le travail de l’artiste. La quête d’une certaine vérité, qui, puisqu’elle n’est pas unique, se confronte à de nouvelles réalités, à la recherche d’elle-même.

Le motif s’imprime, se calque, se multiplie donc, mais n’est jamais parfaitement identique.

C’est un déni de perfection, une définition de l’art. Un rythme, une musicalité qui évoluent sur un paysage changeant où se reflète l’ambition de l’artiste en miroir.

Il y a donc aussi du mouvement dans les toiles de Franca Ravet. Une progression, un devenir. Une recherche de dépassement qui se traduit par un approfondissement sisyphéen de soi-même et de ce qui nous entoure.

Les techniques et les matières s’appliquent à se suivre et nous invitent à vibrer au gré de rythmes entêtants.

 

Malika Es-saïdi

art stories | gallery

christian rolet | installations & peintures

26 avril 2018 - 23 juin 2018

Un art cosmorganique

 

On oublie trop souvent que sans les artistes, sans ce don puissant d’imagination dont sont pourvus certains d’entre nous, nous ne pourrions tout simplement pas appréhender le monde dans lequel nous vivons.
Il n’est pas question ici de vision ou interprétation personnelle de ce monde, mais bien de cette faculté d’imagination en tant que telle, nécessaire et indispensable à la représentation de ce que l’on appelait jusqu’à récemment l’univers.
Grâce à d’ingénieux échafaudages mathématiques des théories physiques fondamentales, les cosmologistes affinent chaque jour les probabilités que cet univers, non seulement, ne serait pas unique, mais qu’il en existerait de parallèles et obéissant parfois à des lois bien plus complexes que celles qui nous sont familières. L’interprétation des mondes multiples, des "multivers" de la mécanique quantique, n’est pas loin.

Sans ce pouvoir de l’artiste, il nous faudrait croire sur parole les intuitions de nos cosmologistes et autres astrophysiciens en mal de théories nouvelles. Lire, pour les plus coriaces, les kilomètres de formules mathématiques qui cherchent à traduire ces intuitions.
Lorsqu’il s’agit du monde impalpable, les scientifiques ont donc bien pour alliés objectifs les artistes qui ont cette capacité de curiosité originelle, parfois enfantine, d’ouverture, de rapprochement sensitif et de palpabilité de l’infini. Ils nous aident à voir dans cette immensité obscure plus que du beau, plus que du sens, de la matérialité et de l’épaisseur. Une épaisseur et une matérialité rassurante qui ouvrent une fenêtre vers cette incompréhensible structure quasi abstraite dont nous sommes issus et dans laquelle nous évoluons malgré nous.

Christian Rolet est de ces artistes-là.

Couche sur couche, il propulse de son esprit de la matière qu’absorbent aussitôt ses toiles. Le temps est son allié, comme dans l’infiniment petit d’où nous venons et l’infiniment grand dans lequel le Big Bang continue de nous propulser.
Laissant à une toile le temps de se faire à son nouvel état, le temps de sécher, il travaille en parallèle à une autre, puis à une troisième. Cette multiplication des supports répond, par contagion, à une loi organique impérieuse chez l’artiste.
En deux ou parfois en trois dimensions, Christian Rolet ouvre l’accès de ces mondes au nôtre. Et vice versa. Et ce, peut-être, à l’infini.

Les matières qu’il anime ainsi sont tout en couleur, car lumineuses. Les couleurs d’une vie innée et irrépressible où le rouge domine.
Ce rouge nous envoûte, car il nous ramène à nos origines organiques, "cosmorganiques" même.
Ce rouge ombilical dans ses peintures, nous rattache indubitablement à notre matrice cosmique.

À la vision de ces toiles, un apaisement s’opère. Nous sommes donc bel et bien liés et reliés à l’infini, comme l’enfant à sa mère.

Nous nous nourrissons de lui et lui de nous. Plus qu’une fenêtre sur ces mondes, les toiles de Christian Rolet sont un rappel de notre appartenance à l’ordre ou au désordre interstellaire dont nous sommes issus.


De l’élégance

Le geste du peintre est soutenu par cette sorte d’élégance vers laquelle il tend. Comme le scientifique, il est à la recherche d’une cohérence interne. C’est le point d’équilibre et de tension de la composition qui, une fois atteint grâce à une formule secrète, permet à l’artiste de se retirer, satisfait.
La toile est désormais prête à faire son œuvre.
Cet art de l’élégance, Christian Rolet le recherche également en trois dimensions. Il recycle des objets usuels trouvés qu’il installe côte à côte ou qu’il imbrique. Et la magie se réalise à nouveau.
S’ouvrent devant nous des champs de signification inattendus. Exemple, "la bibliothèque de rêves", en couverture de cette édition.
Cette main gracile passe en revue des protections oculaires. Elles devraient l’aider, en protégeant de la lumière ses yeux absents, à passer de l’autre côté du conscient et à atteindre, au choix, l’un ou l’autre rêve. Mais que sont les rêves si ce n’est une dimension supplémentaire à notre appréhension du monde?

Plus loin, un crâne. Un reste d’humain qui renait sous un "bibi", vestige d’un autre siècle. Rappel d’une ou plusieurs vies. Celle de l’homme ou de l’enfant auquel a appartenu le crâne, celle de l’animal à plumes qui a servi à créer la parure. Cycles et recycles.
L’art du sens réinventé, de l’essence de la matière réincarnée.

Qu’il est alors tentant de conclure que Christian Rolet, aussi bien dans ses toiles que dans ses installations, illustre à sa façon et à merveille dans son art, la théorie des "multivers" dans lesquels la vie laisse une trace puissante et indélébile.


malika es-saïdi
art stories | gallery

Bruxelles, avril 2018

 

Olivier Strebelle | hommage et exposition : prolongation 14 avril

25 janvier 2018 - 14 avril 2018


"Olivier & la mort"

"Il ne faut pas en faire toute une histoire" (sic)

Fidèle à son concept art stories | gallery propose à nouveau un duo, un peu particulier, certes, mais universel. Celui-ci se tiendra à partir du
jeudi 25 janvier.
 
 

PROLONGATION JUSQU'AU 14 AVRIL 2018

 

 

Durant de longues années nous avons eu Olivier Strebelle et moi de longues conversations, notamment sur la mort. Un mot encore tabou mais indissociable de son oeuvre malgré que celle-ci soit visiblement synonyme de vie et de liberté.  

Olivier Strebelle n’avait pas peur de la mort car il a construit une œuvre suffisamment solide pour lui survivre et résister à l’érosion de la matière et du temps.
Toute sa vie, il a défié la mort jusqu’au choix des matériaux quasi indestructibles (le bronze, l’innox…). Objectivement, il a fait de la mort son alliée. Un synonyme moins direct serait: l’éternité mais il ne serait pas juste si l'on tient compte des derniers mots qu’il m’a  confiés en pleine conscience et droit dans les yeux alors qu’il était en train de nous quitter:  « Il ne faut pas en faire toute une histoire.. »

art stories | gallery propose, dans le cadre de l’exposition hommage qui s’ouvre le jeudi 25 janvier 2018, des croquis originaux inédits ainsi que des oeuvres en bronze et maquettes.

Ellada Damianou dansant entre les sculptures d'Olivier Strebelle

Performance

Le 27 janvier 2018 Ellada Damianou, performeuse et danseuse, a rendu hommage à la dimension avant-gardiste de l'oeuvre d'Olivier Strebelle qui avait notamment conçu dans les années 70' des sculptures portables. Ellada a étudié la danse à P.A.R.T.S, l'école d'Anne Teresa de Keersmaeker.

 

arié mandelbaum & amina rezki

27 octobre 2017 - 20 janvier 2018

Un lieu
deux artistes
trois histoires

 

Le 73 de l’avenue Louis Lepoutre me servait, depuis quelques mois d’atelier et de salle de montage, avant que ne germe l’idée d’ouvrir la salle principale à d’autres artistes.  Depuis 2009 je développe en effet un travail artistique dans les domaines de la photographie, de l’installation et de la vidéo.

À l’origine, art stories | gallery est donc un lieu de création.  Un lieu de création qui s’ouvre désormais aux histoires -grandes et petites- qui font les artistes, dont la trajectoire et les rencontres sont au coeur du projet.  Et lorsque ces rencontres n’ont pas encore eu lieu, c’est nous qui les provoquons!  Parce que la rencontre de deux univers exacerbe ce don de l’art qui fait qu’ “au lieu de voir un seul monde, le nôtre, nous le voyons se multiplier"1.

Les chemins d’Amina Rezki et Arié Mandelbaum se sont croisés il y a quelques années, mais jamais leurs oeuvres ne sont entrées en dialogue dans un même espace.  Quel meilleur symbole de ce que nous voulons faire ici?  Quel meilleur exemple de ces heureux accidents de la vie pour inaugurer ce lieu d’exposition?

art stories | gallery” ne démarre donc pas son aventure avec une “écurie” d’artistes sélectionnés sur le “marché” de l’art.  Dans sa genèse, le lieu lui-même est une expression artistique, un genre de performance en temps réel et à taille humaine.

En 2009, lors de mon inscription à l’Académie d'Uccle, une intuition s’est confirmée pour moi.  L’art est la seule issue.  La promesse d'un monde plus libre.  Dans ce monde-là, les rencontres avec des artistes vivants -ou morts d’ailleurs- stimulent la réflexion qui induit parfois, des remises en question.  Ce fut le cas avec Amina Rezki et Arié Mandelbaum.
Ainsi, je m’étais rendu compte que très peu d’artistes plasticiens issus de l’immigration marocaine avaient émergé en Belgique.  Amina Rezki était une des rares à avoir réussi à passer à travers les filets du déterminisme social. Elle est à mon sens une rescapée du néant artistique dans lequel son histoire familiale -bien qu’épanouissante à bien d’autres égards- a failli l’ensevelir.

Depuis l’enfance, Amina Rezki aimait dessiner.  À 18 ans, bravant sa mère, elle étudie avec brio la peinture à l’Académie des Beaux Arts de Bruxelles.  Mais une autre carrière s’impose à elle au fil de pas moins de huit heureux événements.  C’est une mère dévouée qui ne ménage pas ses forces.  Au point qu’il ne lui en reste plus assez pour sa passion.  Près de quinze ans plus tard, c’est une crise existentielle qui la sauve et la ramène à son art.  À l’Académie d’Uccle, elle est remarquée et encouragée par deux de ses professeurs, eux-mêmes artistes, Etyen Wéry et Arié Mandelbaum.

C’est ce dernier qui lui donne l’opportunité de disposer d’un atelier, “un lieu à soi”, comme dirait Virginia Woolf.  Une occasion unique de rattraper le temps, non pas perdu, mais qui a bien failli aspirer à jamais ses rêves de création. Ce que Claire Stoullig interprète comme “une violence faite à soi-même”2.  “Pas étonnant, poursuit-elle, que la plupart de (ses) tableaux témoignent d’une recherche sur la figure, un portrait souvent non identifié”.

Mais ces portraits ou autoportraits, qui échappent à une représentation figée, traduisent aussi, pour moi, une résistance/réminiscence de l’interdit de la figuration humaine, encore présente dans la tradition musulmane.  Une transgression qui cède le pas dans le travail d’Amina Rezki à la reconquête, par couches successives, de l’image déliquescente du père.  Celui-ci, disparu trop tôt, après l’avoir arrachée, dans les années ‘60, à son pays d’origine, le Maroc.  Même si c’était pour lui offrir un avenir meilleur en Belgique.

En miroir, Arié Mandelbaum, d’origine juive polonaise, partage cette “expérience du déracinement” qu’évoque pertinemment Serge Meurant dans son texte (lire p.13 du catalogue), lui qui suit l’artiste depuis 1977 3.
Mais un déracinement entaché d’une violence inhumaine, la Shoa.  Un thème récurrent dans l’oeuvre d’Arié Mandelbaum.  Mais sa représentation, chez lui, n’est possible que grâce à un procédé suggestif.  “En montrer plus serait indécent”, dit-il.  Une oeuvre paradoxale.  À la fois dure dans sa thématique (l’anéantissement, le devoir de mémoire, …) et d’une douceur diaphane dans son traitement.

Les œuvres de couverture du catalogue, l’interprétation de l’Origine du monde d’Arié Mandelbaum et l’homme aux mains entravées de fil rouge d’Amina Rezki, constituent l’amorce de ce dialogue, un avant-goût de la rencontre de ces deux artistes généreux lors de l’exposition inaugurale d’art stories | gallery.

 

Malika Es-Saïdi


Bruxelles, octobre 2017