christian rolet | installations & peintures

Deuxième accrochage
25 avril 2018 | 18:00
Exposition
26 avril 2018 - 23 juin 2018

Un art cosmorganique

 

On oublie trop souvent que sans les artistes, sans ce don puissant d’imagination dont sont pourvus certains d’entre nous, nous ne pourrions tout simplement pas appréhender le monde dans lequel nous vivons.
Il n’est pas question ici de vision ou interprétation personnelle de ce monde, mais bien de cette faculté d’imagination en tant que telle, nécessaire et indispensable à la représentation de ce que l’on appelait jusqu’à récemment l’univers.
Grâce à d’ingénieux échafaudages mathématiques des théories physiques fondamentales, les cosmologistes affinent chaque jour les probabilités que cet univers, non seulement, ne serait pas unique, mais qu’il en existerait de parallèles et obéissant parfois à des lois bien plus complexes que celles qui nous sont familières. L’interprétation des mondes multiples, des "multivers" de la mécanique quantique, n’est pas loin.

Sans ce pouvoir de l’artiste, il nous faudrait croire sur parole les intuitions de nos cosmologistes et autres astrophysiciens en mal de théories nouvelles. Lire, pour les plus coriaces, les kilomètres de formules mathématiques qui cherchent à traduire ces intuitions.
Lorsqu’il s’agit du monde impalpable, les scientifiques ont donc bien pour alliés objectifs les artistes qui ont cette capacité de curiosité originelle, parfois enfantine, d’ouverture, de rapprochement sensitif et de palpabilité de l’infini. Ils nous aident à voir dans cette immensité obscure plus que du beau, plus que du sens, de la matérialité et de l’épaisseur. Une épaisseur et une matérialité rassurante qui ouvrent une fenêtre vers cette incompréhensible structure quasi abstraite dont nous sommes issus et dans laquelle nous évoluons malgré nous.

Christian Rolet est de ces artistes-là.

Couche sur couche, il propulse de son esprit de la matière qu’absorbent aussitôt ses toiles. Le temps est son allié, comme dans l’infiniment petit d’où nous venons et l’infiniment grand dans lequel le Big Bang continue de nous propulser.
Laissant à une toile le temps de se faire à son nouvel état, le temps de sécher, il travaille en parallèle à une autre, puis à une troisième. Cette multiplication des supports répond, par contagion, à une loi organique impérieuse chez l’artiste.
En deux ou parfois en trois dimensions, Christian Rolet ouvre l’accès de ces mondes au nôtre. Et vice versa. Et ce, peut-être, à l’infini.

Les matières qu’il anime ainsi sont tout en couleur, car lumineuses. Les couleurs d’une vie innée et irrépressible où le rouge domine.
Ce rouge nous envoûte, car il nous ramène à nos origines organiques, "cosmorganiques" même.
Ce rouge ombilical dans ses peintures, nous rattache indubitablement à notre matrice cosmique.

À la vision de ces toiles, un apaisement s’opère. Nous sommes donc bel et bien liés et reliés à l’infini, comme l’enfant à sa mère.

Nous nous nourrissons de lui et lui de nous. Plus qu’une fenêtre sur ces mondes, les toiles de Christian Rolet sont un rappel de notre appartenance à l’ordre ou au désordre interstellaire dont nous sommes issus.


De l’élégance

Le geste du peintre est soutenu par cette sorte d’élégance vers laquelle il tend. Comme le scientifique, il est à la recherche d’une cohérence interne. C’est le point d’équilibre et de tension de la composition qui, une fois atteint grâce à une formule secrète, permet à l’artiste de se retirer, satisfait.
La toile est désormais prête à faire son œuvre.
Cet art de l’élégance, Christian Rolet le recherche également en trois dimensions. Il recycle des objets usuels trouvés qu’il installe côte à côte ou qu’il imbrique. Et la magie se réalise à nouveau.
S’ouvrent devant nous des champs de signification inattendus. Exemple, "la bibliothèque de rêves", en couverture de cette édition.
Cette main gracile passe en revue des protections oculaires. Elles devraient l’aider, en protégeant de la lumière ses yeux absents, à passer de l’autre côté du conscient et à atteindre, au choix, l’un ou l’autre rêve. Mais que sont les rêves si ce n’est une dimension supplémentaire à notre appréhension du monde?

Plus loin, un crâne. Un reste d’humain qui renait sous un "bibi", vestige d’un autre siècle. Rappel d’une ou plusieurs vies. Celle de l’homme ou de l’enfant auquel a appartenu le crâne, celle de l’animal à plumes qui a servi à créer la parure. Cycles et recycles.
L’art du sens réinventé, de l’essence de la matière réincarnée.

Qu’il est alors tentant de conclure que Christian Rolet, aussi bien dans ses toiles que dans ses installations, illustre à sa façon et à merveille dans son art, la théorie des "multivers" dans lesquels la vie laisse une trace puissante et indélébile.


malika es-saïdi
art stories | gallery

Bruxelles, avril 2018

 

Heures d'ouverture
Jeudi: 14:00-18:00 ou sur rendez-vous
Vendredi: 14:00-18:00 ou sur rendez-vous
Samedi: 14:00-18:00 ou sur rendez-vous
“la petite maison dans la prairie”, technique mixte et huile sur toile, 120x216cm, 2015
“les oiseaux ivres”,  bois, talc de verre sur plâtre peint, 30x15x10cm, 2010
“le bibi”,  os, plume, acier,  30x15x15cm, 2007
“vers un autre monde”,  technique mixte et huile sur toile, 140x140cm, 2012
“la mainmise”,  plâtre et aluminium,  20x12x2cm, 2010
“le chêne et le roseau”,  technique mixte et huile sur toile, 120x100cm, 2018
“zone de turbulences” (suite),  technique mixte et huile sur toile, 150x150cm, 2014
“zone de turbulences” (suite),  technique mixte et huile sur toile, 140x140cm, 2017
“fenêtre sur cour” (suite),  technique mixte et huile sur toile, 150x150cm, 2016
“les caprices anatomiques” (suite),  technique mixte et huile sur toile, ∅120cm, 2016
“l’île”,  technique mixte et huile sur toile, 120x140cm, 2018
“vers un autre monde”,  technique mixte et huile sur toile, 140x140cm, 2012
“landscape”,  technique mixte et huile sur toile, 120x140cm, 2018
“topographie” (suite),  technique mixte et huile sur papier,  ∅26cm, 2016
“africatime”,  technique mixte et huile sur toile, 140x120cm, 2017
“la bibliothéque de rêves”,  plâtre, résine, plomb, textile,  30x30x20cm, 2012
“vaudou” (suite),  résille et plumes,  70x20x15cm, 2013
“vaudou” (suite),  mâchefer, cactus et plâtre peint, 25x15x10cm, 2013
“la rumeur”,  fourrure et plâtre peint,  35x17x3cm, 2012
“hiéroglyphes”,  technique mixte et huile sur toile, 200x200cm, 2015